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25 novembre 2020
Makarimal Akhlaq
MAKARIMAL AKHLAQ

LE SALUT DE L’HUMANITE

       S’il y a une caractéristique propre à l’humanité des temps modernes, c’est celle d’être en proie à une « crise de sens » sans précédent. Parler d’humanité, c’est envisager l’homme d’un point de vue universel. Mais nous savons que pour une conscience qui n’a pas été élevée dans des valeurs d’ouverture et de respect de l’autre, l’universalité s’étend jusque-là ou s’arrête la culture. Ce réductionnisme explique fondamentalement tous les forfaits commis par les hommes et tous les échecs à l’édification d’une humanité à la mesure de l’universel. Dans cette quête du sens, nous assistons aujourd’hui de plus en plus à un renouveau multiforme du phénomène religieux. Ce regain d’intérêt envers la religion s’explique par le vide et le désarroi entrainé par le déclin de l’humanisme athée en vogue, au cours du XIXe et XXe siècle dans les nations riches de la culture occidentale et dans les pays communistes. Fascination de l’Islam, renouveau du judaïsme, néo-christianisme qui se lit par le foisonnement des sectes, sont autant d’expressions de cette spectaculaire résurgence du phénomène religieux. Tout le sens de l’expression célèbre du sociologue Gilles Kepel qui parle de la « revanche de Dieu ». Abus de langage certes, mais quand agonisent les théories utopistes de tous domaines qui promettaient le bonheur aux hommes en congédiant Dieu, quand les idéologies politiques se heurtent à leurs propres contradictions, quand les progrès économiques fulgurants ne profitent qu’au plus petit nombre, quand des pratiques contre natures tenues en horreur et causes, dans le passé, de la déchéance de civilisations entières s’érigent aujourd’hui en normes, le retour bredouille à Dieu a tout le sens d’une revanche. Crise des repères, crise du sens, la situation que nous vivons est sans équivalence dans le passé.

  Le constat d’un retour aux idéaux classiques se traduit dans l’intérêt de plus en plus accordé aux textes sacrés. Objets de réelles tentatives de déchiffrement, les textes sacrés sont aujourd’hui convoqués pour servir de socle à de nouvelles pensées fondatrices de la culture.

  Toutefois, c’est moins au recours à ces textes qu’à leur herméneutique qu’il faut nourrir des craintes. En effet, le radicalisme et l’extrémisme religieux de tous bords (sans peine assimilable au terrorisme aujourd’hui) ont suffisamment prouvé leur capacité de destruction massive pour laisser convaincre qu’ils ne sont pas des solutions. Or, que ces extravagances cherchent à tirer leur légitimité des mêmes textes sacrés d’où tirent aussi fondement les discours pacificateurs et réunificateurs, c’est là le grand paradoxe qu’il faut d’abord lever.

     Dès lors, c’est à un défi de redressement, pour ne pas dire de refondation d’une morale universelle que nous sommes confrontés. Conscient de ce défi, Serigne Abdou Karim Mbacké, investit de la mission ô combien hardie mais noble de rappeler le sens du message prophétique, appelle depuis 1993 au culte du Makarimal Akhlaq.

Totalement en phase avec l’évolution du monde en termes de rapports et de contacts entre individus d’horizons culturels divers, le saint homme ne cesse de rappeler la nécessité d’une nouvelle manière pour chacun de vivre ses idéaux moraux. En d’autres termes, la relativité de la morale ne peut plus justifier la claustration, l’autarcie ou le repli sur soi. En effet, l’autre qui était jadis le lointain, l’étranger est aujourd’hui celui qui est devant notre porte, qui nous parle à la radio, que nous voyons à la télévision et avec qui nous échangeons sur internet. Son incidence sur notre vie et celle de nos proches est si réelle que l’éduquer devient une manière pour nous de nous mettre à l’abri. Différents, nous le sommes certainement du point de vue de nos mœurs et modes de vie. Mais notre condition commune d’homme transcende ces différences fragmentaires et nous lie à une humanité à laquelle nous ne pouvons-nous soustraire. Dès lors, c’est à une morale universelle que nous sommes ainsi appelés à bâtir. Une telle morale ne peut évidemment être construite que sur des valeurs universelles. Or, il ne s’agit pas d’inventer la roue, elle existe déjà. Lorsqu’ALLAH dit au Meilleur des hommes le prophète Muhammad : « Tu as été envoyé envers tous les hommes », le discours de celui-ci ne peut être alors qu’universel. Or la mission d’enseigner le Makarimal akhlaq est assignée au Prophète, comme nous l’avons rappelé tantôt. De fil en aiguille, il s’impose à nous que l’unique morale apte à sauver l’homme du déclin dans lequel son égarement l’entraine est le culte du Makarimal akhlaq. « Amour réciproque sans dissension » comme Cheikhul Khadim en fait l’invocation à Dieu, aimer l’autre, aimer les pauvres gens, aimer les gens heureux, aimer l’inconnu qui se trouve à l’autre bout du monde. Si nous n’aimons pas, nous ne pourrions être ni généreux en toute sincérité envers les pauvres gens, ni heureux en toute sincérité du bonheur des gens heureux, ni les respecter encore moins les tolérer. En un mot, si nous n’aimons pas autrui uniquement parce qu’il est humain comme nous, nous serons incapables de vouloir pour lui ce que nous voulons pour nous-mêmes. Or, nous ne serons des croyants aimés de Dieu que si et seulement si nous acquérons cette noble vertu : souhaiter à notre prochain ce que nous souhaitons pour nous-mêmes.

        C’est donc au culte de cet amour pur envers Dieu et de l’homme qui participe de sa magnificence qu’est conviée notre responsabilité d’hommes du XXIe siècle. Si nous voulons construire un monde de paix et de fraternité entre les hommes, nous sommes contraints de nous départir de nos tares originelles que sont l’égoïsme, la vanité, l’orgueil, la surestime de soi, la méchanceté, les mauvaises pensées et le manque de confiance a priori envers l’autre…

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