24 janvier 2021
Makarimal Akhlaq
LE MOURIDISMEs

FOCUS SUR MAME CHEIKH IBRAHIMA FALL

MAME CHEIKH IBRAHIMA FALL : L’ÉNIGME DE L’HISTOIRE DU MOURIDISME

Par Abdoulaye Sène NIANE

Lever un coin du voile sur l’héritage spirituel, socioculturel, économique, politique, cultuel, diplomatique…du fondateur de la voie Baye FALL s’avère une gageure difficile d’autant plus que sa doctrine est comme diffuse dans l’ensemble de l’œuvre de Cheikh al Khadim, son Vénéré Guide.

La tâche est encore plus ardue qu’il faut s’acquitter d’un préalable : démanteler un lot de préjugés, de légendes et d’affabulations, fomentés, à dessein ou par ignorance (inconsciemment), sur celui qui, à l’instar des plus éminents soufis de la tradition islamique, symbolise, pour reprendre la belle formule de l’auteur du Mémorial des Saints ( Farid-ud- Din ATTAR), cette « intériorisation vécue de l’Islam. »
En effet, Mame  Cheikh Ibrahima FALL est une figure exceptionnelle de l’islam contemporain et ceci à bien des égards. Il a eu l’insigne honneur d’être désigné, par un décret divin, l’éclaireur et le dépositaire des secrets de celui qui sera l’héritier de Ahmad, le Sauveur de l’humanité, le défenseur infatigable de l’Islam, l’abreuvoir intarissable des assoiffés et dépositaire de tous les bienfaits spirituels.

A la hauteur de son grandiose destin, Mame Cheikh Ibrahima FALL réussit à donner vie et forme à l’appel mémorable de Chekhoul Khadim: « Que ceux qui nourrissent l’ambition de s’élever jusqu’à Dieu restent et me suivent. » Ce mysticisme, loin d’être spéculatif et contemplatif, se veut plutôt pratique, utile et pragmatique. Il ne saurait alors être conciliable avec l’orgueil, le sentiment de supériorité, le narcissisme, le besoin de reconnaissance ou encore la vaine gloire. Et c’est précisément à ce niveau qu’on peut observer, à l’image d’un Copernic, le renversement opéré par Mame Cheikh Ibrahima FALL sur la conscience individuelle et collective des hommes de son temps.

Issu d’une famille de la noblesse royale du Cayor, Mame Cheikh Ibrahima FALL troquât privilèges, honneurs et attributs liés à son appartenance sociale, pour l’agrément d’Allah. Tel que le rapportent des hagiographes et historiens attitrés notamment Serigne Bassirou MBACKÉ et Serigne Moussa KA, Mame Cheikh Ibrahima FALL se dévoua corps et âme au service exclusif de son Vénéré Guide.

Il fît du travail son principal viatique, brisant au passage le préjugé sociologiquement ancré, d’un travail honorable propre aux nobles (agriculture, élevage.) et d’autres tâches serviles dévolues aux gens de caste (travail du fer, du cuir, du bois…)

Au plan moral, Mame Cheikh Ibrahima FALL réussit une articulation des plus harmonieuses des valeurs socioculturelles wolof au code éthique de l’Islam. Faisant preuve de charisme, il réussit la prouesse de convaincre les grandes familles de l’aristocratie wolof à adhérer à la cause de Cheikh Ahmadou Bamba.

Sa parfaite connaissance de la cartographie du pays se traduit par une occupation intelligente du territoire et ceci pour deux raisons qui n’en forment qu’une seule: diffuser le Mouridisme par le biais de Daara tarbiya qui étaient, pour ainsi dire, des usines de fabrique de talibés accomplis; développer des activités économiques ( agriculture, horticulture, pêche, commerce, immobilier, finances…selon les potentialités de chaque localité) pour alimenter la marche glorieuse du Mouridisme naissant.

A Saint Louis, Ndande Fall, Thiès, Dakar, Diourbel, Mame Cheikh Ibrahima FALL acquît, à la faveur de l’émergence du droit coutumier indigène, titres fonciers et terrains, montât des commerces, achetât des pirogues, développât l’horticulture, devenant ainsi l’un des sénégalais les plus fortunés de cette période d’occupation coloniale. Sa réussite, Mame Cheikh Ibrahima FALL la doit, comme l’attestent les rapports de l’administration coloniale dans les Archives Nationales du Sénégal, à sa remarquable intelligence et à son sens élevé de la diplomatie. Pendant toute la période des démêlés entre l’autorité coloniale et Cheikh Ahmadou Bamba, Cheikh Ibrahima FALL fût le point de jonction, le médiateur et défenseur inconditionnel de son guide. Les lettres qu’il adressait à l’administration coloniale en sont des traces historiques mémorables.

Si pour juger de la grandeur d’une mission l’on doit tenir compte de la période, du contexte et des moyens, nous sommes autorisés à dire que Mame Cheikh Ibrahima FALL a brillamment accompli sa mission : accompagner Cheikh Ahmadou Bamba, lui servir de rempart et être son bras séculier, dans son dessein divin de revivifier l’Islam. Et ceci à une époque caractérisée par la décrépitude et le déclin des fondamentaux de la société sénégalaise à tous les niveaux spirituel, moral, politique, culturel, économique…

Le poète et historien Serigne Moussa KA résume admirablement bien le rôle salutaire de Mame Cheikh Ibrahima FALL aux côtés de Cheikh Ahmadou Bamba:  » tuuti kon mu dem, fek Seriñ bi leum mbiram, ba ken du moss ci batinam, ludul bess ba nuy téxé ». « Il s’en est fallu de peu que Serigne Touba s’en allât, emportant ses prodigieux dons, et nul n’allait en goûter jusqu’au jour de la rétribution. »

Qu’Allah soit satisfait de son œuvre et continue à l’agréer jusqu’à la fin des temps.

 

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