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18 May 2021
Makarimal Akhlaq
Le Grand Magal de Touba

LE CONTEXTE HISTORIQUE DE L’EXIL

Le contexte dans lequel intervient l’Exil de Cheikh Ahmadou Bamba est marqué par le déclin des régimes monarchiques de la Sénégambie et l’hégémonie de la France coloniale. Il est donc fort utile, du point de vue de l’histoire, de mettre en exergue l’évolution sociopolitique de ces sociétés, du début des mouvements islamistes à l’exil en 1895.

Les royaumes de la Sénégambie étaient essentiellement des oligarchies basées sur un système d’ordre et de classes sociales.  Le pouvoir politique et l’autorité y sont l’apanage d’un lignage, les garmi (nobles).  Les gens de caste (néńo) et les captifs (jam) sont exclus de la dévolution et de l’exercice du pouvoir. Cet ordre autocratique sera combattu par le Mouvement maraboutique « Tubenaan » dirigé par Nasir Al Din vers la fin du 17 siècle. Ce mouvement pionnier de révolutionnaires islamistes va secouer de 1673 à 1680 les royaumes du Fouta Toro, du Walo et du Cayor. Les Damels Biram Yacine et Ma Faty, son successeur, tués en 1683, ne survécurent pas à cette période de conversion religieuse imposée.

Par la suite, des marabouts prédicateurs et conquérants toucouleurs partiront à l’assaut des royaumes du pays wolof. El hadji Oumar (1794-1864) fut le plus célèbre, son œuvre d’islamisation continuera avec Ahmadou Cheikhou (1870-1875), Maba Diakhou (1809-1864) et Abdel Kader KANE (almamy du Fouta de  1776 à 1807).

Pendant au moins deux siècles, cette guerre des marabouts contre le règne des lignées princières et leurs hommes de mains ; les Ceedo, va installer une crise sociale exacerbée par la traite négrière, les pillages et les famines. Les guerres étaient sanglantes et privaient le vaincu de sa liberté, son terroir et ses greniers. La violence et l’oppression furent des constantes de cette époque.

Les Français déjà présents dans la traite des esclaves entrèrent en jeu pour tirer parti de ces conflits, assoir leur influence et entraver l’expansion de la conquête musulmane hostile à l’esclavage.  Après avoir combattu ouvertement El Hadji Oumar, ils n’hésiteront pas à prêter main forte aux rois résistant aux mouvements d’islamisation de leurs sociétés comme ce fut le cas avec Lat Dior défendant le Cayor contre Ahmadou Cheikhou. La mort de ce Dernier en 1875 à la bataille de Coki profita aussi à Alboury Ndiaye qui put retrouver son trône de Bourba Djolof.

L’échec des révolutions islamiques à partir du XIX e siècle ne sera pas synonyme de stabilité. Il aura pour conséquence le partage de la classe dirigeante en deux fractions antagonistes ; les marabouts et l’aristocratie traditionnelle alliée aux Ceedo (jammi buur). Ils finiront par perdre le contrôle de leurs territoires. Entre 1882 et 1890, à grand renfort de colonnes militaires, la France va soumettre tous les chefs locaux dits indigènes au Fouta-Toro, au Djolof, chez les Sérères, au Saloum, en Casamance et au Cayor.

La mort de Lat-Dior en 1886 et l’installation du chemin de fer marquèrent la fin du Sénégal des damels, des teignes, des bours et des almamys et le début du Sénégal des administrateurs. En 1890, la France coloniale avait fini d’enrayer toute forme de résistances à l’échelle de tout le territoire correspondant au Sénégal actuel. La cause de l’islam ne sera pas perdue pour autant car un homme providentiel allait la porter à bout de bras jusqu’au triomphe. Cheikh Ahmadou Bamba accomplira la prouesse solitaire d’une islamisation pacifique des wolofs.

L’année 1853 coïncidant avec la naissance de Cheikh Ahmadou Bamba est aussi celle de début de la Conquête de El Hadji Oumar Foutiyou Tall qui, faisant la guerre sainte contre les infidèles et les chrétiens, s’empara en premier des villages de Tambra (1852) et de Bambouk (1853) dans le Boundou. D’après Serigne Mamadou Lamine Diop Dagana, Serigne Touba a passé son enfance entre le Baol et le Jolof. A l’époque, sa famille ainsi que de nombreux habitants du Baol et du Jolof émigrèrent au Saloum avec le conquérant Maba Diakhou. A la mort de ce dernier le Père d’Ahmadou Bamba alla au cayor en compagnie du Damel Lat-Dior. Toutefois Ahmadou Bamba et son oncle Mouhamath Bousso restèrent dans le Saloum où le premier poursuivait son instruction auprès de Samba Toucouleur KA. Plus tard, il dut rejoindre son père à Patar, un villlage situé près de Keur Amadou Yala, la capitale du Damel Lat-Dior. Peu de temps après, Lat Dior quitta Keur Amadou Yalla pour s’installer dans sa résidence de Souguere. Mame Mor Anta Sally construisit à son tour près de là un village baptisé Mbacké Cadior. Il y resta 2 ans avant d’être rappelé à DIEU (SWT). Après l’inhumation de son père à DEUKHELE, Cheikh Ahmadou Bamba ira s’installer finalement à Mbacké Baol en 1884. Devant l’hostilité croissante de ses voisins de Mbacké Baol, il quitta ce village et construisit à l’est une résidence baptisée Darou Salam en 1886. Ensuite, il édifia à 5km au nord-est de Darou Salam un village baptisé Touba à la fin de 1887 et au début 1888 et s’y installa avec sa famille.

Quand l’affluence vers Touba constitua un problème pour son système social centré sur l’enseignement- apprentissage et l’éducation spirituelle (groupe des apprenants et des travailleurs) Cheikh Ahmadou Bamba entreprit de se déplacer avec ses talibés vers le Djolof ; Ce fut fait en 1895 quand il se fixa à Mbacké Bari, terre de ses ancêtres. Malgré tout il aura des rapports difficiles avec certains représentants du roi du Djolof qui l’accusèrent de chercher le pouvoir et le contrôle de leur propre territoire. Ils feront dans l’intrigue, espérant trouver l’autorisation auprès des français à s’attaquer aux protégés de Cheikh Ahmadou Bamba. L’autorité coloniale finira par céder aux manipulations de ses alliés et percevait désormais le mouvement de Cheikh Ahmadou Bamba comme une menace à l’image de ses prédécesseurs qui s’étaient lancés dans une guerre sainte.

 

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