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25 novembre 2020
Makarimal Akhlaq
Le Mouridisme LE MOURIDISMEs

LES FONDAMENTAUX DU MOURIDISME

  • L’importance d’un guide spirituel pour l’aspirant à Dieu (SWT)

De l’avis des plus grands soufis, c’est une nécessité pour tout aspirant à Dieu de se mettre sous la direction d’un guide spirituel qui lui montre le droit chemin et l’éloigne de tout ce qui mène à l’égarement et à la tromperie. En effet, l’âme du disciple tire de la lumière en contact avec celle du guide. Ainsi, par l’échelle de perfectionnement, le disciple pourra accéder à la félicité. A ce sujet, l’Imam Ar-Râzi, auteur d’un livre très célèbre dans le domaine de l’exégèse du Coran, intitulé Le Grand Commentaire du Coran (Mafâtih Al-Ghayb), fait une remarque très pertinente en soulignant dans ses commentaires sur la sourate Al-Fâtiha ceci : « Certains ont observé que, quand Dieu a dit : « Guide nous vers le droit chemin », il ne s’est pas arrêté à cela mais, il a ajouté ce qui suit : « le chemin de ceux que Tu as comblé de faveurs ». Et pour eux donc, cela montre que l’aspirant ne peut accéder aux rangs de la droiture s’il ne se met pas en compagnie d’un guide agréé par Dieu.

  • Serment d’allégeance du disciple mouride (djebeulou)
  • Sens du serment d’allégeance

Le serment d’allégeance est l’une des pratiques fondamentales du Mouridisme. C’est la toute première étape pour tout musulman qui souhaite devenir disciple mouride. Il en est de même pour le mouride qui veut renouveler son engagement auprès d’un autre guide suite au rappel à Dieu du premier. Il est à noter que nul ne peut être mouride s’il n’est d’abord musulman.

Ce serment consiste pour le musulman à poser ses mains sur celles de son guide, à prendre l’engagement verbal devant celui-ci, de s’en remettre totalement à lui, d’appliquer les ordres de ce dernier et d’éviter ses interdits. L’acceptation du serment par le maître valide ainsi la qualité de disciple mouride. Il est à souligner qu’il revient au disciple de respecter son engagement, afin d’accéder à l’agrément de Dieu.

Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké premier khalife du Mouridisme précise dans l’un de ses sermons : « Sachez que le statut de Mouride ne consiste pas en une simple profession de foi verbale mais celle-ci doit être accompagnée d’un certains nombres d’attitudes nécessaires attestant de sa validité.»  Cela dit, l’aspirant véritable se reconnaît à l’amour véridique voué au guide spirituel, le don pieux (Addiya), le Khidma.

  • Historique du serment d’allégeance

L’acte d’allégeance a une longue tradition dans l’Islam tel que relaté d’ailleurs dans le Coran. En effet, ceux sont les compagnons du Prophète PSL qui ont scellé pour la première fois un serment de fidélité appelé Bay’ a tur-Ridwân (le Serment de Ridwan) à l’endroit du Messager de Dieu à Houdaybiya. Dans la sourate 48 Al Fath (La victoire éclatante), Dieu dit au verset 10 : « Ceux qui te prêtent serment d’allégeance ne font que prêter serment à Allah : la main d’Allah est au-dessus de leurs mains.» Plus loin, le verset 18 affirme qu’« Allah a certainement agréé les croyants quand ils t’ont prêté le serment d’allégeance sous l’arbre.»

Depuis lors, les compagnons faisaient acte d’allégeance aux khalifes du Prophète PSL. Cette pratique sera imitée par certains soufis qui vinrent bien après.

Serigne Touba, digne héritier du Messager PSL, appellera ses disciples à faire de même. En effet, en 1883 suite à la disparition de son vénéré père Mame Mor Anta Saly à Mbacké Kadior, Cheikhoul Khadim hérita des fonctions d’enseignement jusqu’à ce qu’il reçut la révélation du Prophète (PSL) qui lui transmit l’ordre de son Seigneur l’invitant à passer de l’éducation livresque à l’éducation spirituelle des disciples. A cet effet, Serigne Touba réunit tous les apprenants et fit sa célèbre déclaration : « Ceux parmi vous qui m’ont accompagné dans le but d’acquérir la science, sont libres de trouver d’autres maîtres, par contre ceux qui veulent ce que je veux doivent me suivre et observer mes ordres.». Ainsi, ce discours de Cheikh Ahmadou Bamba marque la naissance du Mouridisme. Serigne Adama Gueye fut le premier à faire son acte d’allégeance à Cheikhoul Khadim.

  • L’ordre divin (ndigueul)

Le Ndigueul est l’ordre donné par le guide à son disciple. Le serment d’allégeance accompli fait du guide l’intermédiaire entre le disciple et Dieu. Il s’agit donc pour le guide spirituel de s’acquitter d’un devoir sacro-saint de l’Islam prescrit d’abord par le Coran, puis par la Sunnah, qui consiste à ordonner le bien et interdire le mal par des paroles, des actes ou des écrits. C’est d’ailleurs par ce processus qu’il conduira le disciple vers le droit chemin comme évoqué ci-haut.

Facteur d’unité et de cohésion, le Ndigueul est perçu comme la vraie force du Mouridisme. C’est donc un principe sacré pour la communauté mouride. Le disciple ayant pris l’engagement d’observer les ordres de son guide a l’obligation d’exécuter scrupuleusement les ndigueuls lui venant de son maître, aidé en cela par l’amour véridique qu’il lui voue. Il est à souligner qu’on ne peut pas prétendre aimer quelqu’un tout en refusant de suivre ses recommandations ou en faisant ce qu’il interdit. Or le guide religieux authentique ne recommande et n’interdit que sur ordre de Dieu. Donc suivre ses recommandations, c’est suivre l’ordre du Tout Puissant.

  • Don pieux (addiya)

Le Don pieux ou Addiya est défini comme un présent (argent, biens matériels ou même son corps) que le disciple donne à son guide pour rechercher l’agrément d’Allah. Il constitue l’une des pratiques fondamentales de la relation entre le disciple mouride et son guide spirituel.

  • A ce sujet, le Coran précise ceci : « Ce n’est pas à toi de les guider (vers la bonne voie), mais c’est Allah qui guide qui IL veut. Et tout ce que vous dépensez de vos biens sera votre avantage, et vous ne dépensez que pour la recherche de la Face « Wajh » d’Allah. Et tout ce que vous dépensez de vos biens dans les bonnes œuvres vous sera récompensé pleinement. Et vous ne serez pas lésés. » (S2V272).

C’est dans ce sillage que Cheikh Ahmadou Bamba en fait une recommandation pour le disciple envers son guide dans son ouvrage intitulé Nahju Qadâil Hâjd, La voie de la satisfaction des besoins, Politesse Légale : « Ne cesse de le combler de dons, dans la mesure de ton possible » (V198).

  • Réponse épistolaire de Serigne Touba sur les bienfaits du Addiya.

Serigne Touba dans la réponse célèbre qu’il adressa à Cheikh Mouhamadou Moustapha MBACKE son fils et premier khalife à la suite d’une lettre qu’il lui avait adressée avec un Addiya nous renseigne sur les bienfaits et les mérites du don pieux. Dans cette missive, Cheikhoul Khadim précise que le Don pieux ou Addiya conduit le mouride vers : le Bonheur, le Haut rang, l’Abondance des biens matériels et la Longévité.

En outre, il fait de l’Aspirant (le Mouride) le bien-aimé des êtres humains, le propulse au-devant de sa génération, le préserve de la vision des deux Anges interrogateurs dans sa tombe, lui facilite la traversée du Pont ‘’Sirat’’ et le fait entrer au Paradis sans faire l’objet d’aucun règlement.

Il ne subira également point, grâce au Addiya, les peines de la tombe et son corps y sera préservé des vers. Le Addiya renferme bien des avantages et profits que l’on ne saurait rapporter, ni par la plume, ni par la langue (discours oral); car d’un seul Addiya, le mouride reçoit en rétribution, douze mille fois (12 000) son équivalent; et ce n’est là que le strict minimum. Quant au maximum de rétribution du Addiya, c’est une connaissance que seul DIEU, le Souverain des souverains détient. »

  • Travail pour la face de DIEU (SWT) (Khidma)

Le khidma est un terme très usité dans les milieux soufis et plus particulièrement dans les milieux mourides. Ce terme signifie, entre autres, rendre service à quelqu’un dans l’espoir d’obtenir l’agrément de Dieu ou, d’une manière plus générale, l’activité exercée par l’individu pour obtenir l’agrément de Dieu. Le service rendu à son guide religieux entre dans ce cadre.

Sur les mérites et bienfaits du Khidmah, Serigne Touba précise dans son ouvrage Masaalikoul Jinaan ou les Itinéraires du Paradis : « Il est dit que lorsque le Jour dernier arrivera, que le pont sera suspendu au-dessus de l’Enfer. Et que les créatures seront confrontées à la tristesse et à la détresse, une voix appellera ‘’Où sont les gens du khidma au bénéfice des musulmans?’’ Ils répondront ‘’Nous voici ’’ et il leur sera ordonné de rejoindre vite le Paradis en leur disant: ‘’dirigez-vous vers le Paradis, sans épreuve et sans peine’’ »

En outre, le Khidma constitue un moyen efficace d’éducation spirituelle. C’est pourquoi, il est utilisé par le guide spirituel comme remède contre certaines maladies du cœur telles que la paresse, l’ostentation. A ce sujet, Serigne Bassirou Mbacké révèle dans son ouvrage Les Binefaits de l’Eternel ou Minanoul Bakhil Khadim que Serigne Touba ordonnait à certains de ses disciples des activités physiques telles que les travaux champêtres pour dissiper toute paresse, diluer la fierté et l’orgueil qui étaient profonds en eux.

En définitive, le rayonnement et l’autonomie qui caractérisent le Mouridisme sont dus en grande partie à cette faculté des mourides à se mettre au service de la communauté. Les édifices tels que la Grande Mosquée de Touba et bien d’autres infrastructures en sont des illustrations.

  • Les caractéristiques d’un guide spirituel.

 

Cheikh Ahmadou Bamba nous fait savoir qu’il existe trois types de maîtres spirituels :

– Un Cheikh enseignant (Tahlim) : Il doit réunir ces trois qualités : le savoir, l’éloquence et l’intelligence.

– Un Cheikh éducateur (Tarbiya) : Il doit remplir lui aussi trois conditions : connaître parfaitement l’adepte, comprendre le monde, la société où il vit et agir avec mesure et désintéressement. Ce cheikh ne peut réussir sa mission que s’il pratique l’abstinence en renonçant aux choses futiles de ce bas monde.

– Un Cheikh purificateur d’âme (Tarqqiya) : Il incite à adorer Dieu, parle avec objectivité. Ses propos éclairent le cœur, sa proximité est une clé pour la transcendance et nous baigne dans la lumière divine.

  • Comportement du disciple mouride à l’égard de son guide spirituel

Cette relation d’une importance capitale requiert aussi bien de la part du guide que du disciple une démarche axée sur les pratiques fondamentales que nous avons déjà évoquées. En effet, le disciple mouride doit tout d’abord vouer un amour véridique à son guide. Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké précise ceci : « Il est avéré que quiconque aime réellement une chose la préférera à toute autre chose et que les indices de cet attachement ne manqueront point de se manifester à travers ses paroles et actes qui se révéleront conformes à l’objet de cette passion ». Il doit ensuite respecter les directives de son guide, éviter ses interdits, le combler de dons pieux (Addiya) et se mettre à son service (Khidma) à la mesure de son possible. C’est cette démarche qui permet à l’aspirant d’accéder à l’Agrément de Dieu.

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